Bernard Brisé

Photographie

Grand-Lahou

Grand-Lahou : chronique d’un engloutissement annoncé (2013)

Ancien comptoir colonial et actuel port de pêche, Grand-Lahou disparaît peu à peu sous les eaux, victime de la montée de l’océan et de l’érosion de sa bande de sable, au point que la ville et ses 15 000 habitants ont dû déménager à 18 kilomètres de son emplacement d’origine, à l’intérieur des terres. Située à 152 kilomètres d’Abidjan en Côte d’Ivoire, entre l’océan Atlantique, la lagune Tagba et le fleuve Bandama, la vieille ville peuplée, encore d’un millier de personnes, ne semble pas vouloir se résigner à son destin tragique et pourtant la mer ronge de façon irréversible ses flancs sablonneux. L’ancien Lahou ou « Lahou plage » est voué à s’éteindre, avalé par les flots : ses routes, ses maisons, ses écoles, son cimetière, son église et surtout sa mémoire collective seront engloutis dans un proche avenir. L’érosion du cordon littoral a déjà détruit la route principale, de nombreuses villas, la boulangerie, son phare qui a dû être déplacé en 1989 ; il a été observé sur la période 1985/1990 une érosion exceptionnelle de 2,5 m/an qui doit être encore supérieure aujourd’hui. Rien n’est épargné, mêmes les tombes des ancêtres, dans une région où le culte des morts est une religion à part entière, vont partir dans la mer…
La situation de Grand-Lahou est assez symptomatique de l’érosion côtière qui touche l’ensemble des pays du Golfe de Guinée, elle n’apparaît en rien comme une exception. Les causes naturelles de cette érosion sont liées aux caractéristiques mêmes des littoraux ouest africains : ensemble de cordons de sables grossiers et moyens, sujet à un fort transit et à une houle régulière. Il n’en demeure pas moins que l’influence jouée par le réchauffement climatique et les concentrations accrues de gaz à effet de serre dans l’atmosphère ont accentué la vulnérabilité de ces zones déjà fragilisées par la déforestation régulière des cocotiers du littoral.

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